Place à une nouvelle organisation du travail

07.11.2022

Sans entreprises, pas d’emplois. Il est essentiel de préserver le dynamisme économique et l’attractivité du pays par une organisation du travail flexible basée sur un modèle annualisé qui répond de manière efficace aux besoins fluctuants des entreprises et des salariés. 

Les temps changent et la législation devrait logiquement suivre les nouvelles mœurs. Or, force est de constater que cette évolution législative n’a pas toujours lieu, comme c’est notamment le cas pour l’organisation du travail. Face aux évolutions des relations de travail et des attentes dans les milieux professionnels, il est aujourd’hui grand temps de s’y atteler pour fournir aux employeurs et aux salariés un cadre propice permettant de trouver des solutions personnalisées en fonction des besoins de l’entreprise et du salarié. 

En effet, malgré les facteurs externes qui bouleversent le marché du travail comme la digitalisation, la robotisation, la mondialisation ainsi que les changements démographiques, changements accélérés par la pandémie de la COVID-19, la législation relative à l’organisation du travail n’a malheureusement pas suivi le mouvement, en l’absence de réforme majeure. 

Si, pour être « moderne », la politique reconnaît volontiers les besoins des salariés de s’absenter plus facilement de leur lieu du travail sous la bannière d’une « meilleure conciliation entre la vie professionnelle et la vie privée », elle méconnaît en revanche le besoin fondamental des employeurs de pouvoir organiser le travail le plus efficacement possible dans un environnement complexe et changeant. 

Par conséquent, les employeurs se trouvent aujourd’hui confrontés, en plus des 26 jours légaux de congé annuel et des 11 jours fériés prévus par la loi, à une douzaine de congés spéciaux de plusieurs jours voire plusieurs mois (congé-jeunesse, congé parental, congé pour raisons familiales, congé linguistique…) et à près d’une dizaine de congés extraordinaires d’un à 10 jours chacun (déménagement, mariage, naissance…). Et la liste continue encore de s’allonger puisqu’un nouveau congé d’aidant et un nouveau congé pour raison de force majeure sont en passe d’être adoptés. A ces congés, il convient d’ajouter d’autres motifs d’absence, en particulier ceux pour raisons de santé (incapacité de travail, reprise progressive du travail, reclassement…). 

Si l’introduction continue de motifs d’absence divers et variés est certainement une opportunité pour les partis politiques de se profiler pour les prochaines élections, cette popularité facilement gagnée ne résout aucunement le problème fondamental de l’organisation du travail comme moyen d’attractivité de l’économie nationale et du décalage grandissant entre les attentes des employeurs et des salariés et la flexibilité du système. 

Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre qui frappe le Luxembourg comme les pays limitrophes et toute l’Europe, les entreprises, en plus de devoir souvent prendre en charge la rémunération des salariés absents, voient leurs activités chamboulées par ces multiples absences et ne parviennent plus à recruter pour y faire face. Ainsi, le fonctionnement interne des entreprises est perturbé, ce qui impacte directement tous les salariés, comme la charge de travail doit être reportée sur les autres collaborateurs afin de garantir, autant que possible, la fourniture des biens et la prestation des services aux clients, c’est-à-dire à nous tous. 

Cette hémorragie d’absences se trouve maintenant corroborée par des discussions de plus en plus concrètes de réduction du temps de travail. Avec les élections qui approchent à grands pas, le contexte préélectoral est certainement propice aux annonces démagogiques, mais également aux réflexions fécondes pour les années à venir. 

Sans entreprises, pas d’emplois. Il est essentiel de préserver le dynamisme économique et l’attractivité du pays par une modernisation réelle de la législation sur l’organisation du travail. Face à une pénurie de main d’œuvre toujours plus accrue, les entreprises sont obligées de se démarquer pour rester attractives. Certains employeurs peuvent ponctuellement envisager de proposer des congés supplémentaires ou de réduire le temps de travail hebdomadaire pour attirer des collaborateurs ou éviter un départ vers une autre entreprise ou vers la fonction publique. Mais d’autres voies sont possibles et les employeurs doivent garder la liberté de choisir entre les différentes options qui s’offrent à eux suivant les ressources et les besoins respectifs de l’entreprise et des salariés. La rémunération, l’aménagement des horaires, l’octroi de formations, la mise en place du télétravail ou de bureaux satellites près des frontières ou encore la culture d’entreprise, les méthodes collaboratives de travail et de manière générale, l’amélioration continue de la qualité de vie au travail sont autant d’atouts que les employeurs peuvent choisir de mettre en avant pour se démarquer. Une flexibilisation du cadre de l’organisation du travail est incontournable dans ce contexte. Et le moyen le plus propice pour optimiser les flux de travail dans les entreprises serait d’annualiser le temps de travail, ce qui permettrait d’organiser de manière plus efficace le travail suivant les besoins des services et les attentes légitimes des collaborateurs qui fluctuent tout au long de l’année. 

L’UEL et ses membres invitent les partis politiques à considérer sérieusement une modernisation profonde de la législation relative à l’organisation du travail, tout en renonçant aux mesures délétères qui ne font qu’aggraver le manque de flexibilité et d’attractivité du modèle luxembourgeois d’organisation du travail. Il est essentiel dans ce contexte de soutenir toutes les initiatives permettant à l’employeur et au (futur) salarié de trouver des solutions personnalisées suivant leurs attentes et moyens respectifs.