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Déclaration de politique générale sur l'état de la nation : l'UEL dénonce l'insuffisance des mesures de consolidation budgétaire PDF Imprimer Envoyer

La déclaration de politique générale sur l’état de la Nation porte largement l’empreinte de la nouvelle orientation prise en matière de stratégie budgétaire dont l’objet est de dégager un certain nombre de mesures devant réduire le déficit public dans une optique de consolidation des finances publiques. L’UEL prend acte de cette volonté gouvernementale même si elle la juge largement insuffisante et tardive.

La situation économique et sociale du Luxembourg reflète celle de l’Europe qui traverse actuellement la crise économique et financière la plus grave depuis sa création. Elle se traduit concrètement par une stagnation de la croissance, une augmentation continue du chômage, des déséquilibres au niveau des finances publiques, une mise en péril des systèmes sociaux.

L’UEL dénonce le peu de détermination dont fait preuve le gouvernement pour remédier à la gravité de cette situation. La volonté gouvernementale se traduit notamment par un programme de réduction des déficits des finances publiques qui est cependant insuffisant et tardif, par le report de l’accord salarial de la fonction publique qui a de façon incompréhensible comme contrepartie un report de la réforme et de la modernisation de son statut, par le sursis de l’ajustement des pensions au 1er janvier 2013 qui ne constitue toutefois qu’un pas timide vers un système de pension soutenable, par l’augmentation de la fiscalité qui par la charge augmentée des entreprises - à laquelle s’ajoute l’augmentation du salaire social minimum au 1er janvier 2013 - fragilise encore davantage la compétitivité du Luxembourg, par une réduction des dépenses d’investissements publics qui risque néanmoins d’hypothéquer l’avenir du pays.

Par ailleurs, les mesures annoncées ne permettront pas au Luxembourg d’atteindre son objectif d’équilibrer les finances publiques à l’horizon 2015.

Selon l’UEL, des mesures de consolidation supplémentaires s’imposent plus particulièrement au niveau de la réduction des frais de fonctionnement étatiques qui reste largement en deçà de la nouvelle « culture des dépenses » annoncée. Les mesures doivent encore prioritairement porter sur les dépenses publiques pour ne pas impacter davantage le pouvoir d’achat des ménages et pour ne pas continuer à grever la compétitivité des entreprises. Les transferts sociaux dans leur intégralité doivent faire l’objet d’une mise à plat pour en analyser le bien-fondé et pour les orienter vers les personnes et les ménages selon des critères de sélectivité à redéfinir. Il s’y ajoute que la réduction des investissements  qui se chiffre à un quart de l’effort global est considérée à tort comme une diminution des dépenses étatiques ; il s’ensuit que le rapport entre les réductions des dépenses publiques et les augmentations des impôts s’en trouve compromis. Il échet ainsi de constater que déjà lors du premier exercice soumis à cette politique de consolidation, la décharge budgétaire annuelle de 500 millions EUR annoncée par le gouvernement n’est pas réalisée.

L’UEL se doit d’insister auprès du gouvernement pour qu’il se tienne à ses propres objectifs de consolidation, voire de respecter les recommandations de la Commission européenne. Celle-ci avait en effet invité le Luxembourg à viser un excédent budgétaire au niveau de l’administration publique en raison de la dette sociale cachée induite par notre système de pension. Le gouvernement ne doit en aucun cas déconsidérer cette recommandation étant donné que les mesures de réforme du régime général de l’assurance pension soumises au parlement ne sont pas de nature à pérenniser cette importante branche de la sécurité sociale. A défaut, ce seront à nouveau les générations futures qui en subiront les conséquences.

L’UEL prend encore acte des intentions de réforme exposées par le Premier ministre dans le cadre du pacte de stabilité et de croissance adressé à la Commission européenne. Elle constate néanmoins que les mesures portent davantage sur les grands principes tenant à la solidarité, à la croissance, à la lutte contre l’exclusion, à l’adaptation de l’éducation, principes certes louables mais dépourvus d’actions et de réalisations claires et concrètes, voire d’objectifs précis.

Ce qui fait véritablement défaut à notre pays, c’est une vision globale cohérente pour le Luxembourg et des propositions de réforme concrètes et courageuses pour la mettre en œuvre. Les objectifs visés doivent nécessairement toucher à l’entrepreneuriat et au développement des entreprises, à l’intégration et à la cohésion de la société luxembourgeoise, à la valorisation du capital humain à travers l’éducation, la formation, la recherche et l’innovation, à la soutenabilité des finances publiques et de nos systèmes sociaux.

Le pays a grandement besoin d’un consensus général qui valorise une politique intégrant une gestion rationnelle des finances publiques et porteuse d’un modèle de développement économique durable, seul garant de la cohésion sociale. Répondant à l’invitation du Premier ministre, l’UEL signale que son engagement et ses propositions constructives témoignent de son adhésion continue au dialogue social, notamment au sein du Comité de coordination tripartite pour l’optimisation duquel elle a en juillet 2010 formulé des mesures concrètes à l’adresse du gouvernement, propositions restées sans suite à ce stade.

UEL, le 8 mai 2012