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Lettre ouverte aux syndicats PDF Imprimer Envoyer

L’UEL publie ce jour une lettre ouverte à l’intention des présidents des syndicats CGFP, LCGB et OGB-L à la suite de leur refus de participer à la réunion du Comité de coordination tripartite convoquée par le Premier Ministre pour ce 16 décembre :

Messieurs les Présidents,

Alors qu’il avait été prévu que nous aurions l’occasion de discuter de l’avenir de notre pays au cours de la réunion du Comité de coordination tripartite convoquée par le Premier Ministre, vous avez choisi de ne pas participer à ces échanges au motif que l’UEL avait fait des propositions de sujets à porter à l’ordre du jour qui apparemment ne trouvaient pas votre approbation.

Je regrette cette situation de rendez-vous manqué et vous assure de l’attachement de l’UEL et des organisations patronales au modèle luxembourgeois.

C’est la raison pour laquelle je m’adresse à vous par la voie de cette lettre ouverte pour résumer à votre attention et à celle de vos membres ce qui aurait été notre message à la réunion de vendredi si celle-ci avait pu avoir lieu.

Pour l’Union des Entreprises Luxembourgeoises, il n’y a pas de modèle social durable

  • sans une économie performante et sans des entreprises compétitives,
  • sans un marché du travail efficace et efficient,
  • sans une politique de redistribution juste et équitable qui soutienne les personnes les moins favorisées de notre société,
  • sans finances publiques saines et sans un système de sécurité sociale qui soit en mesure de financer le coût de la maladie et des retraites au cours des décennies à venir.

Dans notre système économique, ce sont les entreprises qui, ensemble avec leur personnel, créent la richesse, celle-ci génératrice de recettes fiscales et de contributions aux régimes de la sécurité sociale. Voilà pourquoi notre pays a besoin d’entreprises performantes, capables de s’affirmer sur le marché luxembourgeois et sur les marchés d’exportation de biens et de services et générant des revenus qui financent en fin de compte les services publics et notre protection sociale.

Vous êtes bien conscients que nous vivons actuellement la plus grave crise économique de l’après-guerre en Europe. A la crise financière déclenchée par la faillite de Lehman Brothers a suivi une crise de l’endettement des Etats, entraînant une crise de l’Euro et générant elle-même une crise de confiance des agents économiques menant à une récession qui frappe durement nos entreprises.

Par ailleurs, le Gouvernement (Statec, Observatoire de la compétitivité, Ministère des Finances), les organisations internationales (Organisation de Coopération et de Développement économiques, Commission Européenne) et la Banque Centrale du Luxembourg ont montré que notre pays a perdu de manière extrêmement préoccupante en compétitivité par rapport à d’autres pays du monde, mais encore plus par rapport à nos trois pays voisins. Les grandes entreprises sont en concurrence avec le reste du monde et nos petites et moyennes entreprises doivent rester attractives pour que les clients ne préfèrent pas s’achalander dans la Grande Région.

La compétitivité n’est pas une fin en soi ou source de cadeaux aux entreprises, mais elle est la condition de la soutenabilité de notre modèle économique et social. Pour cette raison, nous avons proposé que le sujet du coût du travail soit porté à l’ordre du jour de la réunion du Comité de coordination tripartite.

Dans ce contexte, l’UEL propose d’instituer à court terme un moratoire de l’indexation pour une durée de deux ans. L’objectif de cette mesure est tout d’abord de rattraper la perte de compétitivité par rapport aux pays voisins et notamment l’Allemagne, ensuite de mettre un frein à l’inflation excessive qui est structurellement supérieure à celle de nos pays voisins. L’enrayement de celle-ci se justifie d’autant plus qu’elle porte préjudice surtout aux moins bien lotis dans notre société en termes de pouvoir d’achat, d’un côté, et qu’elle détruit l’emploi et amplifie le phénomène du chômage structurel, de l’autre. Dans le même temps, l’UEL a proposé que le Gouvernement procède à une analyse du bien-fondé d’une désindexation généralisée de l’économie dans le but de « casser » durablement l’inflation.

Un autre sujet important que nous voulions aborder est la question du paradoxe du marché du travail luxembourgeois. En effet, les entreprises ont sans cesse créé un grand nombre d’emplois alors que dans le même temps le chômage a triplé au cours des quinze dernières années. Le contexte particulier du marché du travail luxembourgeois, ouvert aux travailleurs des pays limitrophes attirés par les salaires très avantageux du Luxembourg en comparaison avec les salaires en vigueur dans ces pays, permet aux entreprises établies à Luxembourg d’accéder à une main-d’œuvre qualifiée et diversifiée et de choisir les travailleurs qui répondent le mieux à leurs attentes. Quand on sait que notre salaire social minimum est sensiblement plus élevé que le salaire médian en France, toute augmentation de celui-ci attire davantage de personnes bien formées à postuler pour un emploi à Luxembourg. Dans le même temps, cette réalité du marché de l’emploi diminue d’autant les chances de nos concitoyens, qui n’ont pas de diplôme ou sont exclus du marché, à trouver un emploi. Etant donné que plus de la moitié des demandeurs d’emploi sont faiblement qualifiés, il convient de ne pas renchérir de manière inconsidérée et automatique le coût de ces travailleurs pour les entreprises.

Vous devez dès lors comprendre que les propositions de l’UEL sont destinées à combattre l’exclusion et le chômage structurel.

L’UEL est consciente que toute réforme en matière d’indexation et de fixation de salaire social minimum risque de réduire le pouvoir d’achat de ceux qui en ont le plus besoin. C’est la raison pour laquelle l’UEL et ses membres sont disposés à entamer une discussion en tripartite à ce sujet afin de dégager des pistes permettant de compenser la perte relative du pouvoir d’achat des bénéficiaires des salaires les plus faibles par des transferts sociaux visant en particulier à réduire le coût du logement. Ce dernier constitue en effet le plus grand facteur de risque de pauvreté au Luxembourg qu’il convient de corriger. Ce coût élevé, qui tient essentiellement au prix du foncier, est renchéri par l’inadéquation entre l’offre et la demande sur le marché de l’immobilier. Ce déséquilibre est à son tour largement tributaire de procédures administratives longues et fastidieuses.

A côté de la juste fixation du niveau des salaires des personnes faiblement qualifiées, il importe aux yeux de l’UEL de convenir, en l’absence d’une indexation automatique, d’un mécanisme d’adaptation des salaires pour les travailleurs qui ne sont pas couverts par une convention collective.

L’UEL a également proposé de fixer les conditions auxquelles les entreprises pourraient utilement contribuer à la mise à l’emploi de travailleurs éloignés du marché du travail par le biais notamment de stages de formation pratique afin d’augmenter leur employabilité et leur chance d’insertion sur le marché du travail.

L’UEL a également dans le cadre des discussions tripartites proposé de flexibiliser l’organisation du temps de travail. Ces changements s’avèrent nécessaires pour permettre aux entreprises et en particulier à celles dont l’activité est soumise à des variations saisonnières d’adapter l’organisation du travail à la charge réelle de travail et/ou aux conditions de travail, par exemple météorologiques, sur une période de référence plus longue que celle prévue actuellement et par conséquent, de pouvoir faire face aux périodes de plus forte activité en réduisant le travail en périodes de plus faible activité. Cela permettrait de diminuer le recours aux heures supplémentaires ou au travail intérimaire et pour le secteur de la construction de mettre un terme, sous conditions à définir, au recours au chômage pour intempéries, déchargeant ainsi le Fonds pour l’Emploi de ce coût.

Afin de permettre au pays de relever les défis de taille auxquels il doit faire face dans les années à venir, d’autres mesures structurelles doivent être mises en œuvre sans plus tarder. Ces mesures couvrent bon nombre de thématiques, en l’occurrence l’éducation et la formation, la recherche et l’innovation ainsi que la création d’entreprises. Des avancées concrètes sont également requises en matière de simplification administrative, dont la transposition de l’objectif de réduire les délais de moitié reste toujours en souffrance.

Il convient enfin de maîtriser les dépenses publiques afin d’assainir les finances publiques qui ne manqueront pas d’être grevées par la conjoncture économique qui s’est fortement dégradée en Europe et au Luxembourg. Les menaces sont multiples à cet égard. La place financière luxembourgeoise sera forcément impactée par la crise actuelle et ceci aura des conséquences sur la contribution de ce secteur à la création de richesse et sur les finances publiques de notre pays. Le Gouvernement devrait aux yeux de l’UEL suivre les recommandations de la Commission européenne au Luxembourg tendant à établir des budgets de l’Etat qui seraient excédentaires  pour tenir compte de la dette sociale cachée que représente notre régime général des pensions. En parallèle, il est nécessaire de présenter enfin une véritable réforme de ce régime dans le but de pérenniser cette branche importante de notre système de sécurité sociale également dans l’intérêt des générations futures.

Au vu de l’envergure et du nombre de réformes structurelles que le pays doit engager incessamment dans le but de sauvegarder le modèle économique et social, votre approche est hautement regrettable alors qu’elle tend à compromettre le modèle tripartite. Si les positions entre parties au Comité de coordination tripartite peuvent être divergentes, il n’en reste pas moins que le fait de discuter dans un cadre adéquat – même de façon controversée – est utile et permet par ailleurs d’éclairer le Gouvernement avant qu’il ne prenne sa responsabilité politique.  Aussi, l’UEL appelle-t-elle à toutes les parties prenantes à adhérer pleinement au modèle luxembourgeois qui a fait ses preuves au cours des décennies écoulées en ce qu’il a contribué à assurer aux personnes qui y travaillent et y résident un niveau et une qualité de vie sans précédent. La recherche du consensus en ce moment est d’autant plus indispensable qu’il s’agit de sauvegarder la cohésion au sein de notre société et d’assurer le progrès social. Il y va de l’avenir de notre pays.

Michel Wurth

Président de l’Union des Entreprises Luxembourgeoises

UEL, le 16 décembre 2011